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ENTRETIEN AVEC VALERIE EGUCHI, ARTISTE NIHONGA (2)




5) Comment avez-vous acquis ces techniques et que vous permettent-elles que les techniques de la peinture occidentales ne permettent pas ?

En 2004 j'ai créé l'association « Pigments et Arts du Monde » destinée à faire connaître des techniques picturales traditionnelles. Trois ans après, j'ai fait la connaissance avec l'artiste taïwanaise Yiching Chen. Je lui ai proposé de venir enseigner dans mon association ; elle y est restée 3 années au cours desquelles j'ai suivi son enseignement et l'ai assistée dans ses cours.

Je trouve cette technique très apaisante. Le geste est toujours le même : préparer la gélatine et les pigments, les diluer et les poser, dessiner, peindre, flouter, préciser, dans un jeu de lâcher prise et de reprise de contrôle qui n'est jamais total. Il y a quelque chose de thérapeutique, comme un idéal d'être au monde. On peut laisser une part de créativité au hasard dans des procédés comme, par exemple, le tarashikomi (laisser fuser des pigments dans le sumi). Cela peut aussi être l'occasion d'un jeu de dialogue avec l'invisible.



6) Quels sont les sujets de tes tableaux ? Sont-ils inspirés directement des sujets traditionnels du nihonga ou t'en es-tu dégagée ?

En ce moment je suis inspirée par les lieux dans lesquels je me ressource, en particulier les arbres, les végétaux. Mais suivant l'humeur du moment je peux aussi me ressourcer à travers la symbolique des motifs japonais que l'on trouve dans les œuvres classiques, tels que vols d'oiseaux, tortue ou vagues. Mes oeuvres évoluent au fil des évènements qui ponctuent ma vie.




7) Il y a t-il des artistes qui t'ont inspirée, que ce soit les maitres traditionnels comme Hokusai ou Hiroshige ou Ohara Koson, des artistes du 20ème, par exemple ? Comment vois-tu les rapports entre la peinture nihonga et la technique des estampes ?

Je n'ai pas été inspirée par ces artistes qui sont des peintres d'estampe. L'estampe japonaise se différencie de la peinture nihonga par la technique, et la destination. Le bois est gravé, puis encré et transféré sur un papier. Plusieurs planches sont nécessaires pour réaliser une estampe. Les estampes demandent plusieurs intervenants : le créateur du motif, le graveur de la planche et celui qui va gérer l'encrage. Le résultat est la plupart du temps sur un format limité (37 X 25 cm ) ou 25 X 19. Les estampes étaient également destinées à être produites en masse, ce qui en fait un art populaire au Japon qui connait un grand succès auprès des occidentaux à la fin du 19ème siècle .


Le peintre nihonga, lui, produit des œuvres uniques, réalise seul son œuvre du début à la fin, utilise des pigments minéraux , de la colle animale qu'il applique sur son support (soie, washi, toile ou bois) Ces œuvres, souvent de grand format, sont destinées à orner les temples, les scènes de théâtre Kabuki ou les murs de grands hôtels. Mais, elles comblent aussi les amateurs d'art.


Il m'est difficile de citer un seul peintre comme source d'inspiration mais je peux dire que je suis admirative du peintre Takeuchi Koichi pour l'ensemble des émotions que chacune de ses œuvres permet de ressentir.



8) J'ai vu surtout des fleurs dans tes peintures (kacho-e). Penses-tu aller vers les portraits (Bijin-ga ?)

J'ai fait peu de portraits. Le style bijinga est pour moi un style particulièrement japonais que j'aurais du mal à m'approprier, mais depuis très longtemps, avant même de connaître la peinture japonaise, j'ai eu le rêve de peindre un personnage entrevu dans un conte qui se déroule à Kyoto.(Tiré du livre « Contes de l'éveil » « Les cinq nuits de Fugen Bosatsu »d'Ariane Buisset). J'ai utilisé le nom « Fugen » pour nommer plusieurs de mes tableaux à l'époque où je peignais encore à l'acrylique.



9) Qui recommandes-tu pour faire nos premiers pas dans la découverte du nihonga ?


Pour faire ses premiers pas dans le nihonga, je conseillerai d'une part d'aller au Japon, où l'on peut découvrir les œuvres dans les temples, les musées et les expositions, de former son regard si on est en France ou en Europe, en faisant des recherches autour des peintres dans les bibliothèques, les musées d'art asiatique , autour du terme « nihonga » (日本画) en japonais sur internet, de faire un atelier (pourquoi pas, avec moi ou avec un autre artiste, en France ou au Japon) afin de découvrir au plus près les matériaux ? Enfin, nous rejoindre sur le groupe Facebook nihonga nikawa-e et vous abonner à mon blog.




10) Tu es allée au Japon l'année dernière où tu as rencontré beaucoup d'artistes . Peux-tu nous parler de la situation du nihonga aujourd'hui ?


Je ne sais pas si les artistes que j'ai rencontrés au Japon sont représentatifs de l'ensemble des peintres aujourd'hui. Je suis tout naturellement attirée par un certain classicisme et je suis allée vers ceux avec qui je ressens des affinités. Après avoir échangé avec eux, j'ai trouvé qu'il y avait une dimension spirituelle en arrière plan de leur approche du nihonga.


Cela ne veut pas dire que c'est forcément le cas de tous les peintres nihonga, même si le peintre Takeuchi Koichi (peintre renommé au Japon qui enseigna aux à l'Institut des Beaux Arts de Kyoto) pense que c'est la quête de tout artiste de chercher l'éveil.

Dans les expositions que j'ai vues, en particulier celle de Nitten à Tokyo, j'ai remarqué une grande diversité de styles, voir de techniques avec des inclusions de collage et autres expérimentations. On peut même trouver des nihonga « Western style » avec une recherche de « pate » à l'occidentale. Outre les classes de nihonga existant dans les écoles de Beaux Arts au Japon, il est aussi pratiqué et enseigné à plus petite échelle comme un art de loisir dans les espaces culturels et associations de loisir. Certains élèves motivés concourent lors de grands salons pour lesquels il est demandé de produire de très grands formats (Nitten, Kochi Kenten).



11) Que souhaites-tu encore nous dire à propos de cet art, de ton activité, etc... ?


En 2010, encouragée par mon professeur et à la demande d'une élève à qui j'enseignais des techniques de décor, j'ai commencé à enseigner le nihonga avec les pigments « Suihi ». Outre la découverte de matériaux et de procédés complètement nouveaux pour mes élèves, amateurs ou artistes professionnels, j'ai été très heureuse de constater que la majorité ressent l'effet apaisant de mon atelier. Cet apaisement c'est aussi ce que je recherche dans ma pratique Car si l'ensemble de mes tableaux surprennent à cause de leur diversité de style, il sont toujours le reflet de ma recherche de paix intérieure .


Celle ci s'exprime à travers un panel d'émotions aussi étendu que ce que la vie m'apporte . Sensible à mon environnement, pour moi, le nihonga, dans le cadre de ses conventions traditionnelles, est le medium idéal. Les pigments, véhiculés par l'eau sur le papier , donnent du sens aux émotions, les domptent et les harmonisent.


Je prends beaucoup de plaisir à partager ce que j'aime également à travers des articles, sur mon blog et à faire découvrir en France, sur la toile des artistes japonais. C'est pourquoi j'ai repris le groupe facebook initialement créé par un américain « Nihonga /nikawa-e »


Toujours dans l'esprit du partage je suis contributrice sur le blog nihonga100 créé par Eve Loh (Doctorat Histoire de l'art japonais)

Et bien sur le blog de l'association que je gère « Pigments et Arts du Monde » où l'on peut découvrir que j'ai également été très investie dans la pratique de l'e-tegami et l'organisation d'etegami-call .


Musée à Tokyo :

http://www.yamatane-museum.jp/english/

Musée à Paris : Guimet et Cernuschi Livres : « An illustrated dictionnary of japanese -style painting terminology NIHONGA » « Découvrir la peinture japonaise NIHON-GA » Yiching Chen Bibliothèque de la Maison de la Culture du Japon (Paris)



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