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UN OEIL DANS LES COULISSES DU THEATRE NATIONAL DE NOH DE TOKYO


Le théâtre NOH, un souvenir vivace...

Grâce à ma «grand-mère» japonaise, j’ai la chance de pouvoir profiter du théâtre kabuki. Mais, je n’ai qu’une seule fois rencontré le théâtre Nô. La mémoire de cette unique représentation est encore bien vivace dans mon esprit et, pourtant, je ne peux rien dire vraiment de ses circonstances. Cela remonte aux toutes premières années de ma vie au Japon. Et ça commence à faire loin déjà. Par une chaude et humide soirée d’été, après le travail, avec un groupe d’amis, nous décidâmes de rejoindre une fête qui se tenait dans un parc pas très loin. Et là, surprise, émerveillement, une représentation de Nô en plein air! Mais, quelle pièce? Quels acteurs? Rien, je ne saurais rien dire...Pourtant jamais je n’ai pu oublié cette impression si forte que m’avait faite les masques. Et depuis, je ne cessais de me demander: «Mais ces masques, ces masques, comment peuvent-ils être si vivants?»

Allais-je pouvoir percer le mystère aujourd’hui?...

En cette belle matinée de fin avril, nous avons eu l’immense plaisir d’être accueillies et guidées par l’acteur vedette Kazufusa HOSHO, et les chanteurs KANAMORI et KAWASE. Kazufusa HOSHO est le 20ème héritier de l’école HOSHO, l’une des 5 principales écoles de théâtre Nô. Ce petit homme, si grand mais si simple, s’efforce, tout en préservant les traditions, d’élargir l’horizon du Nô à travers de nouvelles collaborations et de toucher les générations plus jeunes.


Aujourd’hui, le théâtre Nô peine à susciter des vocations et a commencé à s’ouvrir aux personnes venant de «l’extérieur», tout comme le chanteur situé à droite sur la photo et qui, à l’origine étranger au monde du Nô, a décidé de le rejoindre par passion et ainsi vient de créer une toute nouvelle lignée de chanteurs dont il est la première génération.


QUELQUES COSTUMES («NOH SHOZOKU» )...

Première étape de la visite: une petite présentation de quelques costumes utilisés pour le Nô. Contrairement à l’époque des débuts du théâtre Nô, où les acteurs jouaient dans des vêtements ordinaires, ces costumes, appelés «Noh Shozoku», ne sont plus représentatifs des personnages de manière réaliste. Mais, leur raffinement et symbolique sont un moyen, dans cette forme de théâtre, d’exprimer les sentiments des personnages et d’apporter des informations à leur sujet. Véritable œuvre d’art, chaque costume est le résultat du travail conjoint de toute une équipe (5 ou 6) d’artisans confirmés, chacun spécialisé uniquement dans son domaine (分業 bungyo), le tissage, la coloration du tissu, la réalisation du motif, etc...Ces artisans qui réalisent les costumes pour le théâtre Nô ne fabriquent aucune autre sorte de costumes, pas de costumes pour le théâtre kabuki, ni kimono.Tous ces costumes se chiffrent en millions de yens. Le gouvernement aujourd’hui ne donnant plus de subventions au théâtre Nô, on imagine facilement la difficulté qui existe pour acquérir et entretenir ces costumes…Voici deux exemples d’Uwagi (photos du haut), veste en soie porté sur le kimono pour les rôles d’homme, et deux exemples de Karaori (photos du bas), riches kimono de brocade typiques des rôles féminins inspirés de la culture chinoise, Karaori signifiant «tissu de style chinois». Leur réalisation fait appel à la technique de tissage «Uki» où des fils d’or, d’argent et autres couleurs sont entrelacés pour créer de riches motifs floraux.


LES MASQUES…


Le masque est certainement l’élément le plus connu du théâtre Nô. Il y a 6 types de masques: les masques pour Okina (viel homme), les masques pour les personnes âgées (Jô), les masques pour les hommes (Otoko), les masques pour les femmes (Onna), les masques pour les démons (Kishin) et les masques pour les esprits et fantômes (Onryo). Ici, nous avons pu voir une petite sélection de masques des 16ème et 17ème siècles, certains de provenance non identifiée. A l’heure actuelle, aucun nouveau masque n’est fabriqué Tous les masques qui continuent d’être utilisés sont soit d’époque ou bien des copies réalisées à la main. Ceci demande une dextérité et un talent extrêmement difficiles à acquérir. L’art de la copie n’est donc pas à prendre à la légère et n’est pas à la portée de tout le monde. L’artiste chargé de réaliser la copie va exprimer sa liberté créatrice, et ainsi laisser sa marque sur son œuvre, à l’intérieur du masque…


Un petit coin du voile de mystère de la force expressive du masque fut enfin levé. La lumière et l’ombre sont les éléments naturels qui font vivre les masques. Habilement exploités par l’acteur et ses mouvements de tête, ces éléments lui conféreront soit une expression de colère, soit une expression de tristesse d’être consumé par la colère, comme pour ce masque qui incarne un être vivant qui se transforme en Onryo (image 5)…


Ici, on peut voir le masque réalisé par Kazafusa HOSHO (images 6 et 7 de l'ensemble de photos ci-dessus). L’acteur a considéré qu’il était indispensable à son art de la scène de comprendre ce que c’était que de réaliser un masque…


L'ATRE POUR LES TAMBOURS...

Comme vous pouvez le voir, dans cette petite salle qui n’a l’air de rien, il y a un petit âtre mystérieux...A quoi sert-il? A faire chauffer les peaux des tambours en cuir de cheval, avant les représentations, afin d’en tirer le meilleur son. Ces peaux sont assez fragiles et doivent être changées environ tous les 15 jours.

Dans le théâtre Nô, la musique (Hayashi) fait partie de l’oeuvre au même rang que tous les autres éléments qui la composent. Elle n’est pas là pour seulement accompagner le jeu des acteurs. Avec le choeur (8 à12 personnes), les musiciens occupent le fond de la scène et produisent la musique au moyen de 3 tambours donc, portés dans un mouvement croissant. L’un est porté à l’épaule (ko-tsuzumi), le second sur la hanche (ō-tsuzumi) et le troisième (taiko), ainsi que d’une flûte de bambou à sept trous, nōkan.


LES PORTES D'ENTREE SUR LA SCENE...

Il y a deux entrées sur la scène...Cette toute petite porte bien basse est celle réservée à l’entrée des aides de scène et des membres du choeur. Sa bassesse nous oblige à nous incliner pour entrer et donc témoigner de notre respect pour cet autre monde, le Nô, dans lequel on s’introduit. Une autre porte, plus haute, est réservée aux notables qui, eux, n’ont pas besoin de s’incliner en raison de leur rang. La petite histoire veut aussi qu’elle soit réservée à ceux qui sont morts sur scène! D’après Kazufusa HOSHO, un seul acteur serait décédé sur scène à sa connaissance…


LA SALLE AU MIROIR (KAGAMI-NO-MA)…

Dans cette pièce, située juste devant le couloir conduisant à la scène, il y a un grand miroir. C’est la pièce des derniers préparatifs et celle où l’acteur met son masque. A l’intérieur du miroir réside un dieu. Il est le symbole de la séparation entre les deux mondes, celui du monde réel et du commun des mortels et celui du théâtre Nô. Seul le lever d’un rideau à 5 couleurs peut nous en donner l’accès…

LE COULOIR (HASIGAKARI)...

C’est en parcourant ce couloir, ce pont symbole de la jonction entre ces deux mondes, que l’on pénètre enfin sur la scène...Il est longé par une rangée de pins, placés du plus petit au plus grand, pour donner une impression de perspective. Ils sont aussi des points de repère pour l’acteur, dont la vue est considérablement réduite, jusqu’à son arrivée sur la scène principale.…





LA SCENE DU THEATRE NOH

La scène, rudimentaire, en bois de Hinoki, est inspirée de l’architecture chinoise avec son toit et ses 4 piliers. Elle est entourée de pierres dont le rôle est de réfléchir la lumière du soleil et d’éclairer la scène. Autrefois, on utilisait aussi de l’eau pour remplir ce rôle. Il faut savoir qu’à l’origine le Nô était joué à l’extérieur. L’environnement naturel du lieu servait alors de décors à la pièce jouée. Au fond, vous pouvez voir ce décors de pin si célèbre, Kagami-Ita ou tableau-miroir. Pourquoi le pin? Toujours vert, on dit qu’il symbolise les 4 saisons. On dit aussi qu’il est un symbole de divinité.


La scène est finalement très simple et assez petite. Mais, les acteurs et les musiciens et chanteurs connaissent avec leurs pieds chaque recoin de ce parquet qu’ils ont parcouru depuis leur tendre enfance. La visibilité étant très réduite avec le masque, cette mémoire des pieds est essentielle au jeu de l’acteur pour ces positionnements et déplacements. Lorsque je demandais à un des deux chanteurs s’il préférait jouait dans ce théâtre ou à l’extérieur, il me répondit sans hésiter qu’il préférait jouer sur cette scène dont il connait chaque coin et recoin avec ses pieds pour l’avoir fouler quotidiennement depuis l’âge de ses 4 ans.


Les 4 piliers, Metsuke-Bashira, Shite-Bashira, Fue-Bashira et Waki-Bashira sont représentatifs d’un type de rôle. Chaque acteur se positionne à un pilier en fonction de la nature du rôle qu’il interprète. Si I’on joue des rôles de Shitekata, on se positionne au shite-bashira. Encore une fois, en raison du champ de visibilité considérablement réduit par le masque, l’acteur utilise les quatre piliers pour se repérer et le pilier à la jointure de la passerelle et du plateau principal, le shite-bashira. On ne peut interpréter qu’un seul type de rôle.


En haut, on peut voir un crochet auquel sera pendue une cloche qui devra tomber sur l’acteur. Cette cloche n’est utilisée qua dans une seule pièce.

UN EXTRAIT DE "FUNA BENKEI" RIEN QUE POUR NOUS...

Notre visite s’est terminée par une petite représentation de la pièce « Funa Benkei » où HOSHO nous joue la scène où le moine, qu’il interprète, se bat contre les démons de la mer.

Un petit résumé de la pièce (source:https://fr.wikipedia.org/wiki/Funa_benkei ):

Funa Benkei est une pièce japonaise du théâtre nô écrite par Kanze Kojiro Nobumitsu puis adaptée au théâtre kabuki par Kawatake Mokuami en 1885. Elle est montée pour la première fois en novembre de cette année avec Ichikawa Danjūrō IX en vedette.

L'action de la pièce se déroule au Japon au XIIe siècle. Minamoto no Yoritomo, qui considère son frère Minamoto no Yoshitsune comme un pouvoir rival, l'exclut de la famille royale malgré son attitude loyale au combat. Yoshitsune décide de s'enfuir et de retrouver son obligé, le célèbre moine-soldat Benkei, au port de Ômo-no-Ura. Alors qu'il est dans un hôtel au cours de son voyage, son amie Shizuka danse pour lui mais sa coiffe tombe pendant la danse. C'est un mauvais présage et elle retourne à Kyoto.

Le lendemain, Yoshitsune continue son chemin et monte à bord du bateau avec Benkei, bateau où ils restent bloqués par une terrible tempête. Pendant la tempête, ils sont attaqués par des fantômes de la mer, dont Taira no Tomomori. Ils combattent les esprits, mais en vain. Finalement, Benkei se rend compte que la seule façon de vaincre un esprit vengeur c'est par la prière, et la tempête se dissipe.


Un grand merci à Alice Gordenker et Bianca Paradisio pour cette formidable visite au Théâtre National de Nô! La visite fut riche d’enseignements et d’autant plus appréciée qu’il est rare d’avoir accès aux coulisses du Théâtre National de Nô et ce, de plus, en aussi bonne compagnie! Merci à vous aussi, Messieurs Kazufusa HOSHO, KANAMORI-SAN et KAWASE-SAN!

Cet article n'a pas pour prétention d'expliquer le théâtre Nô. Il n'est que le récit de notre visite dans cet endroit mythique. Voici deux pages net qui viennent à merveille compléter tout ce que j’ai pu apprendre en si charmante compagnie:

https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%B4

http://www.the-noh.com/en/world/index.html

@TABITABIYA

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