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LA NAISSANCE D'HINA-MATSURI (5)

Et c’est donc à l’époque d’Edo (1603-1867) que le monde des poupées talismaniques et celui des rites religieux se rejoignirent pour donner naissance au festival de Hina-Matsuri 雛祭り tel qu’on le connaît aujourd’hui….


Tableau en triptyque d' Utagawa kunisada 歌川国貞 tiré de la série "Fashionable Ancient and Modern 12 Months / Third Month (Yayoi) 風流古今十二月ノ内 弥生

Tableau en triptyque d' Utagawa kunisada 歌川国貞 tiré de la série "Fashionable Ancient and Modern 12 Months / Third Month (Yayoi) 風流古今十二月ノ内 弥生

On peut y voir les enfants d'une riche famille de l'époque d'Edo jouer devant des poupées disposées sur l'autel pour le festival du momo-no-sekku 桃の節句, le 3ème mois de l'année.


Comment ?


Rappelons-nous qu’à l’époque le Japon était dominé par le shogunat des Tokugawa dont Edo 江戸, l’actuelle Tokyo 東京, devint la capitale, alors que la cour impériale était, elle, toujours à Kyoto 京都. La paix retrouvée après des siècles de bataille, le Japon vivait en paix et connaissait une période de stabilité politique, d’essor économique, d’urbanisation et de consumérisme sans précédent, où l’appréciation des arts et de la culture se répandit dans toutes les strates de la société. Les façons de faire de la cour et des samouraï furent adoptées de tous. De nouvelles formes d’amusements et de célébrations populaires virent le jour à l’heure où une masse grandissante de particuliers riches et friands de nouveautés étaient prêts à payer, par exemple, pour les plus beaux ensembles de poupées à offrir ou exposer dans leurs maisons …. Et les artisans merveilleusement habiles avaient de quoi satisfaire leur désir !


Le Shogunat de l’époque, qui gouvernait d’une main de fer une société strictement divisées en 4 strates, avait instauré, en 1616, un cycle de 5 festivals saisonniers, Gosseku 五節句, parmi tous ceux pratiqués à la cour et décida de les célébrer. C'était :


"Kochouhai" 小朝拝 ou "nanakusa-no-sekku" 七草 (7 janvier), "Kyokusui-no-en" 曲水の ou "momo-no-sekku" 桃の節句 (3 mars), "tango-no-sekku" 端午の節句 (5 mai), "Kikkouden" 乞功奠 ou "tanabata" 七夕 (7 juillet) et Chouyou-no-en 重陽の宴 (9 septembre) communément appelé" kiku-no-sekku 菊の節句 (festival du chrysanthèmes), tous ici illustrés par l'artiste Torii kiyonaga 鳥居 清長 dans cette série d'ukiyo-e 浮世絵 :


Estampe de Torii kiyonaga 鳥居 清長 qui illustre le festival des pêchers momonosekku à l'époque d'Edo au Japon

Voici l'estampe de la série qui illustre momo-no-sekku 桃の節句, le festival des pêchers, ajourd'hui appelé hina-matsuri 雛祭り, la fête des poupées...On y voit les enfants admirer les poupées disposées sur le tapis rouge de l'autel en escalier.


Et pour l’affaire qui nous concerne, c’est-à-dire la fête de Hina-matsuri 雛祭, la fête des poupées, la fête des petites filles, au Japon, c’est à partir du momono-sekku 桃の節句, la fête des pêchers, de 1629 que tout s’enchaîna ….

En ces jours où l’empereur du Japon n’était plus que qu’une sorte de grand prêtre aux fonctions spirituelles et rituelles pour la préservation du sort du pays, en 1623 (les sources hésitent entre 1623 et 1624), une princesse naquit, Oki-Ko 興子 (1623/1624-1696).


Son père, le 108ème empereur du Japon avait pour épouse ofukumon'in-Masako東福門院和子, la sœur du 3ème shogun du Bakufu d’Edo, Iemitsu Tokugawa 徳川 家光. Ces liens de famille étroits entre l’ancienne capitale et Edo 江戸, le nouveau pôle d’autorité du Japon, permettaient au clan des Tokugawa de contraindre d’autant plus la cour Impériale à sa volonté. Donc quelle aubaine de voir cette petite princesse naître, la première parente directe d’un dirigeant militaire à naître dans la famille impériale depuis plusieurs centaines d’années ! Un petit être d’une grande importance donc.


Chaque jour de l'année, nous célébrons la culture japonaise à travers tous les articles de la boutique ! Retrouvez-les ici : https://www.tabitabiya.com/boutique)


Après l’abdication de son père qui ne rêvait que de voir restaurer le pouvoir impérial, Oki-Ko 興子 fut nommée impératrice du Japon à l’âge de 5 ans et prit le nom de Meishō 明正天皇. Un membre du clan Tokugawa accédait au trône du chrysanthème !



Impératrice Meisho du Japon de l'époque d'Edo


Avant son accession officielle au trône, une cérémonie fut donnée en son honneur. Pour l’occasion, son oncle Iemitsu Tokugawa lui fit parvenir d’Edo 江戸, un couple de poupées masculine et féminine qu'on dit d'un style spécial : elles étaient assises ! On pense, sans en être sûr, qu'il s'agissait des premières kan'ei-bina, ancêtres de toutes les poupées hina assises, suwari hina 座り雛 qui allaient être développées par la suite. Sa mère, voulant certainement invoquer le pouvoir protecteur des poupées, exposa ce cadeau lors de la grande cérémonie du Joshi 上巳 de l’année suivante, qui se déroula au palais impérial, marquant ainsi la première exposition de poupées pour momo-no-sekku 桃の節句.


Mais les choses ne s’arrêtèrent pas là ! La même année, Kasuga-no-Tsubone, la nourrice de Iemitsu Tokugawa et personne d’influence du pouvoir d’Edo, voyagea à Kyoto pour une audience avec l’impératrice. Pour l’occasion, elle fit commander pour Meishō des ustensiles pour sa poupée. Son idée de cadeau fut adoptée à son retour à Edo 江戸 en 1634.


Dame Kasuga-no-Tsubone, nourrice de Iemitsu Tokugawa

Dame Kasuga-no-Tsubone, nourrice de Iemitsu Tokugawa (photo extraite de Wikipedia)


Parce que malgré la puissance du pouvoir du clan Tokugawa l’ influence de la cour impériale restait très forte, on s’empressa, à Edo, d’adopter cette habitude et on dit que Chiyohime, la première fille de Iemitsu, vit se faire offrir des poupées pour son 7ème anniversaire en 1644. Et c'est ainsi que l'habitude d'offrir des poupées et leurs ustensiles aux petites filles se répandit...


Et c’est ainsi que fut officiellement instauré, vers le milieu de l’époque d’Edo 江戸, le premier festival des poupées au Japon. Mais ce n’est qu’ en 1687 qu’ il s’appela pour la première fois Hina-matsuri 雛祭り. Puisant ses racines dans les forces protectrices des poupées et les rites du jour du serpent, la fête des poupées était née.


Alors que cette nouvelle coutume se répandait dans tous le pays, de haut en bas, dans toutes les couches de la société, elle attisait dans le même temps la compétition : compétition entre Kyoto 京都 et Tokyo 東京, entre samouraï qui voyaient la richesse se développer hors de leur caste et classe des marchands s’enrichissant et désireux d’afficher leur argent… Rien rien rien ne semblait satisfaire les exigences de tout ce monde dans la guerre livrée au sein la pyramide sociale….


Estampe de Utagawa Kunisada sur le festival des pêchers momo-no-sekku à l'époque d'Edo

Estampe de Utagawa Kunisada 歌川国貞, intitulée Yutakasai Gosekku-momo-no-sekku asobi 豊歳五節句遊・桃の節句, sur le momo-no-sekku de l'époque d'Edo et qui appartient à la collection de la Bibliothèque Nationale de la Diète, Tokyo 国立国会図書館 Kokuritsu Kokkai Toshokan.

Estampe de Utagawa Sadafusa 歌川貞房 intitulée "Gosseku-no-Uchi" 五節句の内 et illustrant momo-no-sekku, le festival des pêchers 桃の節句. Elle aussi appartient à la collection de la Bibliothèque Nationale de la Diète, Tokyo 国立国会図書館 Kokuritsu Kokkai Toshokan.


Estampe de Toyohara Chikanobu 楊洲周延 datant de 1895 et intitulée "Chiyoda-no-Ooku, Hina Haiken千代田の大奥・雛拝見 le grand festival de Hina Matsuri au château de Chiyoda, le château impérial actuel.


Avec l’ouverture des premiers marchés aux poupées et le génie créateurs des artisans pour répondre à la demande des clients, divers types de poupées assises virent le jour. Les premières poupées assises furent les kan'ei-bina, puis les genroku-bina, un peu plus sophistiquées que les premières. Mais, l’époque d’Edo vit l’apparition de bien d'autres styles de poupées :

- muromachi-bina vêtues à la mode de l’époque Muromachi avec un couple de poupées aux bras étendus sur les côtés et sans mains..

- Jirozaemon-bina avec leur visage tout simple mais délicat et très apprécié de l'aristocratie féodale. On les appelle ainsi car elles furent développées par le fabricant Okada Jirozaemon, à kyoto.

- Kyoho-Bina , grandes poupées représentant un couple de daïri-bina richement vêtues selon un style vestimentaire inspiré de l'aristocratie de l'ère Kyoho (1716-1736) et très appréciées de la classe des marchands.

-Yusoku-Bina indiscutablement les plus élaborées et raffinées qui reflètent la culture de la cour de Kyoto très fidèlement et les règles vestimentaires de la cour impériale contrairement aux kyoho-bina. Ce type de poupées étaient principalement utilisées par l'aristocratie.

- Jirozaemon-bina avec leur visage tout rond et qu’on affectionnait surtout dans l’ouest du Japon. Elles étaient utilisées par la classe des samouraï.

- Kokin-Bina développées à Edo par Hara Shugetsu. Elles étaient autant prisées des aristocrates que des marchands.


Le couple de poupées daïri-bina d’aujourd’hui est toujours inspiré des kyoho-bina de Kyoto.


Les poupées, toujours plus richement vêtues, finirent par atteindre la taille d’un véritable enfant !


poupées japoanises kyoho-bina pour la fête des petites filles au Japon

photo issue du site omatully, consacré à tous les évènements du calendrier japonais


Et plus que jouets, elles étaient des objets d’exposition visant à susciter l’admiration. C’est toujours le cas aujourd’hui. On expose nos poupées le 3 mars, mais on ne s’amuse jamais avec….Ce n’est que pour les yeux ….et souhaiter un avenir radieux à nos filles..


Voici à quoi ressemble aujourd'hui un set complet de poupées hina, hina-ningyo 雛人形 :


Voici à quoi ressemble aujourd'hui un set complet de poupées hina, hina-ningyo 雛人形 :



Pour mettre fin à toutes ces rivalités et rappeler à chacun sa place dans l’ordre social du shinokosho 士農工商 régi par l’esprit confucéen, le shogunat émit une série de lois somptuaires. L’une d’elles fut mise en place pour strictement réguler les règles d’acquisitions de poupées pour chaque caste. Ainsi, chacun savait dans les moindres détails à quels types de poupées il pouvait prétendre. Et gare si les règles fixées n'étaient pas respectées ! ...Mais, en vérité, elles étaient souvent détournées...


Mais toutes les rivalités qui secouaient la société d’Edo finirent par avoir raison d’elle. Sommé également par des forces extérieures d’en finir avec sa politique d’isolation, le shogun Yoshinobu Tokugawa 徳川 慶喜 abdique


Photo de Yoshinobu Tokugawa, le dernier shogun du clan Tokugawa, à l'ère Edo, au Japon

et laisse la voix libre au prince Mutsuhito 睦仁


photo du Prince mutsuhito, premier empereur de l'ère Meiji au Japon


de réaffirmer le pouvoir impérial sur le pays. L’Ere Meiji Meiji Jidaï 明治時代 (1868-1912) avait commencé. De nouveau ouvert au monde, le Japon chercha à se débarrasser du système féodal pour entamer une vaste entreprise de modernisation. Les 5 festivals saisonniers, les gosekku 五節句, n'étaient plus du goût du jour. Mais les habitudes, tellement ancrées au coeur des Japonais, avaient la vie dure, et l'on continuait de célébrer hina-matsuri 雛祭り, d'une belle façon. Mais, face au regard des autres pays, le Japon avait peur d’apparaître comme arriéré et rigide. C'est que certaines personnes venues d'ailleurs pensaient, nous rapporte-t-on, que cette fête était dédiée aux ancêtres (cf le livre d'Alan Scott Pate "Antique Japanese Dolls). Et c’est ainsi que, pour faire disparaître les origines mystiques de Hina-Matsuri 雛祭り, on fit d’elle, la fête des petites filles, le jour pour elles d'exposer leurs poupées.


Et bien que, comparé à ce que l'on peut voir dans cette vidéo Youtube qui nous montre le Japon de l'Ere Shōwa 昭和時代 Shōwa-jidai (19261989) de l'avant-guerre,

vidéo youtube sur le Japon d'avant la seconde guerre mondiale et qui nous montre comment on fêtait hina-matsuri, les fête des poupées, la fête des petites filles au Japon

vidéo Youtube sur le Japon d'avant la seconde guerre mondiale et qui nous montre comment on fêtait hina-matsuri, les fête des poupées, la fête des petites filles, au Japon.


les façons de faire se sont affadies, Hina-Matsuri 雛祭り, le 3ème jour du 3ème mois, reste un jour dont tous voit le retour avec grande joie !


Si vous allez à Himeji, ne visitez pas seulement le château mais aussi son musée des jouets, le Japan Toy museum, où vous pourrez voir de nombreuses poupées hina, hina-ningyo 雛人形.

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